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Albin Feliho à propos du projet de loi de finances 2020 : une trentaine de taxes, des propositions du secteur privé

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A Reçus en commission budgétaire pour apprécier le projet de loi des finances pour la gestion 2020, transmis au parlement par le gouvernement béninois, les acteurs du secteur privé béninois ont fait plusieurs propositions. Dans cette interview, Albin Feliho, président de la Confédération Nationale des Employeurs du Bénin et membre du Groupe de Travail Fiscalité du secteur Privé (GTF) explique les préoccupations du secteur privé dans la perspective du vote du budget 2020.

Quelle appréciation faites-vous du projet de loi des finances pour la gestion 2020, actuellement sur la table des députés ?

lbin Feliho : Globalement nous avons travaillé sur le contenu de la loi de finance 2020. Avant tout propos je vais fortement regretter que les organisations professionnelles, patronales, consulaires, n’aient pas été associées dans la confection de ce document précieux pour chacun des béninois. Nous avons des plateformes de discussion et d’échange qui sont pratiquement en dormance comme si, ces passerelles de communication entre le secteur privé et l’administration deviennent inopportunes.

Ces préalables ainsi déclarées se justifient parce que les honorables députés qui nous ont fait l’aimable privilège de nous entendre sur le sujet avaient eu le sentiment que nous étions venus pour démonter la loi de finance 2020. Pour dissiper tout malentendu, nous avons dû leur expliquer que si on venait les voir, c’est parce qu’il y a des aspects dans cette loi de finance qui méritent d’être améliorés justement pour éviter toute confusion et contrariété au point de rendre peu performante ladite loi.

Le problème de non association du secteur privé revient tous les ans. Pourquoi cela ?

Moi je dis de façon factuelle telle que les choses se présentent à nous. Il y a quelques années, il y a des rencontres qui se faisaient soit tous les deux mois, soit de façon sectorielle ou générique. Par cet état de cause, le secteur privé était quelque peu, intimement liés aux discussions. Probablement est-ce par suffisance de l’administration des finances d’en savoir un peu trop au point de ne pas se sentir obligée d’avoir le point de vue du secteur privé, je ne sais pas. Il y a un péché qu’il faudra éviter à l’avenir.

Je dois avouer qu’à l’hémicycle les honorables députés ont eu une bonne écoute de nos préoccupations et ont regretté l’absence de discussions préalables entre le secteur public et privé. Convaincus que s’il avait été ainsi certaines de nos préoccupations auraient pu être pris en compte par l’administration des finances.

Quelles sont les préoccupations majeures du secteur privé par rapport à cette proposition ?

Nous sommes en position de faire des propositions d’amélioration de ce document qui apparait comme un document de travail pour rendre exécutoire avec efficience le Programme d’action du gouvernement (PAG). Au regard de cela, nous avons au sein du GTF constaté qu’il y avait un peu trop de taxe. On en avait dénombré une trentaine et nous craignons que trop d’impôt ne tue l’impôt. Nous avons aussi regretté dans ce document le caractère de pouvoir exorbitant de donner à la Direction générale des impôts (DGI) la possibilité de perquisitionner le domicile d’un dirigeant d’entreprise sans recourir au juge et sur simple soupçon.

Le risque d’une violation de domicile est grand surtout que le siège social de l’entreprise n’est pas le domicile de son dirigeant. Par ailleurs, l’article 1108 nouveau du Code Général des Impôts prévoit que le contribuable ne peut contester le bien-fondé ou la quotité des impositions mises à sa charge sans verser au préalable 25% cash du montant en cause au Trésor public.

Cette disposition a été renforcée par l’article 1165 alinéa 10 de la même loi qui dispose clairement que «Nul ne peut surseoir aux poursuites en recouvrement des Impôts, taxes assimilées et amendes, sauf versement, au Trésor Public, par l’opposant d’une caution valant paiement cash de 25% du montant total de la somme contestée». Le paiement cash de 25 % du montant du redressement fiscal imposé par la loi de finances avant une décision finale est une mesure préjudiciable aux entreprises déjà fragilisées par la morosité économique.

Ainsi, cette obligation empêche les entreprises d’aller au contentieux et par voie de conséquence, met à leur charge, des montants qu’elles ne doivent pas forcément. Là aussi, même si on comprend le fondement d’une telle approche, c’est quand même extrêmement risqué pour une entreprise ou s’en tenir à l’approche précédente.

Enfin un autre point qui a particulièrement touché notre esprit, c’est que dans le souci de respecter les critères d’éligibilité pour améliorer les performances du Doing business, on a voulu qu’il y ait un guichet unique, une sorte d’unicité de collecte de taxe et d’impôt en plus du paiement des cotisations à la sécurité sociale. De notre point de vue il y a un risque de confusion de ces deux collectes dont le risque est que l’administration utilise en cas de besoin les sommes allouées aux retraites et aux prestations sociales.

Là, il y a un risque fort, de détournement d’objectif de ces collectes de fonds qui nous fait craindre le pire. Cela a été parfaitement entendu par les députés. Nous comptons sur eux pour qu’il n’y ait pas des confusions du genre, que les taxes soient collectées par qui de droit et les cotisations de la CNSS soient reversées entièrement à la caisse nationale de sécurité sociale.

Vous avez parlé plus haut d’une trentaine de taxes. Est-ce toutes de nouvelles sources de taxation?

Disons que quand on regarde de près, il y a une trentaine de taxes nouvelles auxquelles on n’était pas habitué même si ça se justifie. Si vous prenez la taxe sur la plus-value dans les transactions immobilières, vous voyez que ce sont des sources nouvelles de taxation. Vous pouvez vous en référer aux pages 9 à 12 de notre document de commentaire soumis à l’appréciation des députés.

Est-ce que la loi eu l’état peut favoriser les résultats du Bénin dans le rapport Doing business l’année prochaine ?

Oui de façon générale, la loi est bonne. Mon rôle n’est pas de faire un catalogue des réussites ou des réformes favorables au développement et surtout à la concrétisation du PAG. Pour nous autres, c’est de dire en quoi ce qui est fait selon une vision peut être encore améliorée. Très souvent les critères d’éligibilité du Doing business peuvent être parfois en porte-à-faux avec nos réalités économiques.

C’est ainsi que l’interprétation du taux de pression fiscale de 14% au Bénin brandit par l’administration des finances en comparaison aux normes de l’UEMOA qui est de 20% est bien mal apprécié. Le taux de pression fiscale est évalué sur la base du grand nombre d’entreprise au Bénin alors que nous savons combien l’assiette fiscale effective est faible et pourrait faire apparaître en réalité un taux de pression de plus de 35%.

En dehors des taxes, il y a-t-il d’autres aspects du projet de loi qui va en défaveur du secteur privé ?

Oui. Sur les droits de visite, d’investigations et de saisie au domicile du dirigeant de l’entreprise ainsi que sur l’unicité des collectes des taxes et la cotisation CNSS. Il y a d’autres aspects dont on n’a pas vu des ébauches de solutions. Notamment, la fermeture des frontières. On aurait pu analyser la situation et chercher des solutions pour éviter de telle crise à l’avenir mais je n’ai pas vu des propositions de solutions.

L’autres chose qui nous a un peu choqué c’est la volonté manifeste du chef de l’Etat et de son gouvernement de promouvoir le numérique en république du Bénin au point même où un ministère tout entier y a été consacré. Mais au même moment on lève l’exemption d’impôt sur les matériels informatiques, cela me parait comme aller à contre sens. Ces matériels informatiques qui faisaient objet d’exemption, ne le sont plus aujourd’hui alors même qu’on fait la promotion du numérique.

Votre conclusion !

Le secteur privé dans son ensemble espère que ses préoccupations seront sérieusement prises en compte dans les travaux d’adoption de la loi de finance 2020. Cette loi doit être une loi au service du développement des entreprises.

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Abdel Aziz Assani : «Sèmè City doit être partenaire des incubateurs en place»

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Au Bénin, pour accompagner les startups à concrétiser leurs projets en entreprise, les centres d’incubation ne cessent de multiplier les actions devant conduire au succès souhaité. Dans ce nouveau numéro de la rubrique ‘’Entrepreneuriat et industrie», Abdel Aziz Assani, responsable de l’espace d’incubation «Btech Space», présente l’apport des incubateurs dans l’essor de l’entrepreneuriat béninois. Entretien.

Comment présentez-vous Btech Space ?

Btech Space, c’est un espace de co-working. C’est un espace qui permet aux jeunes de travailler dans un environnement serein et dans un écosystème entrepreneurial pour avoir non seulement la disponibilité et l’espace, mais aussi pour confronter leurs idées avec d’autres personnes qui sont dans une démarche entrepreneuriale.

C’est d’abord la motivation première de Btech Space. Mis à part cet espace de co-working, il y a un incubateur d’entreprises, c’est-à-dire des programmes qui permettent aux entreprises d’être accompagnées en termes de formation et en termes de recherche de financements.

Btech Space, pour répondre à quelle préoccupation ?

Moi-même je suis chef d’entreprise et j’ai eu à passer par un espace de co-working en France avant de créer mon entreprise. Je me suis rappelé que c’était agréable pour moi d’avoir un espace où j’avais la possibilité de quitter la maison, d’être accompagné par des gens et aussi d’échanger avec d’autres personnes qui avaient les mêmes idées que moi.

Je l’ai fait à Lyon, je suis resté dans un espace d’incubation pendant deux (02) ans avant de créer ma première entreprise. Alors du coup, je me suis rappelé cela quand j’ai décidé de rentrer au Bénin. J’ai voulu apporter ma pierre à l’édifice en créant un espace pour les jeunes qui ont envie d’entreprendre voilà pourquoi j’ai pensé à mettre en place un pareil espace.

De quoi est fait votre quotidien au niveau du centre d’incubation ?

Nous accueillons des jeunes avec qui nous discutons tout en leur présentant les possibilités qu’ils ont pour intégrer notre structure ainsi que les avantages qui vont avec. Par ailleurs, nous organisons des programmes de formation qui font partie du programme d’accompagnement. Notre particularité, nous ne sommes pas axé sur les domaines de la technologie, agroalimentaire ou agrobusiness. On accueille les jeunes dans tous les secteurs d’activités.

De manière pratique, comment ça se passe ? Selon quels critères sélectionnez-vous les jeunes entrepreneurs ?

Nous acceptons tout le monde. L’objectif premier est que les gens aient envie d’entreprendre, qu’ils aient un niveau scolaire ou pas. On a une petite contrainte qui en réalité n’en est pas une. On demande aux jeunes de payer 10.000 FCFA pour occuper l’espace qui est ouvert de 9 heures à 20 heures avec la connexion wifi, un accompagnateur, des coachs qui sont là pour les aider, les aiguillonner sur les questions éventuelles qu’ils auront. Donc ça coûte 10 mille FCFA pour un mois.

En termes d’accompagnement, on a trois sortes d’accompagnement. Le premier est le coaching pour tout le monde. C’est-à-dire qu’il y a des personnes ressources présentes à qui ils peuvent poser des questions auxquelles ils auront de réponse. Le deuxième niveau d’accompagnement est le programme d’incubation où ils sont dans un programme de formation sur diverses thématiques liées à l’entrepreneuriat, au management, à la communication, au graphisme, aux finances, etc.

A partir de là, on les accompagne réellement à la mise en place de leur plan d’affaires, le business plan. Il y a maintenant un troisième niveau d’accompagnement qui est le développement. Ce volet s’adresse aussi bien aux startups naissantes qu’aux entreprises déjà existantes. C’est-à-dire des entreprises qui viennent d’être créées ou des entreprises qui existent déjà et qui ont besoin de lever des fonds que ce soit pour leur lancement ou pour un projet particulier.

On a une dizaine de possibilités de levée de financements qui ne sont pas les mêmes choses selon les projets. Voilà les trois niveaux. Quand vous entrez à Btech Space, vous avez toutes les différentes possibilités de création d’activités. Notre objectif est de donner aux jeunes la capacité d’entreprendre.

Ce qu’on a constaté depuis 4 ans que nous existons, c’est qu’il y a énormément de personnes qui veulent entreprendre mais ils ont très peu de possibilité. Je dis souvent qu’une ville comme Cotonou doit comporter au minimum 100 incubateurs d’entreprises, vue sa capacité et sa taille.

Le bilan du parcours observé, comment l’analysez-vous ?

Il faut que des initiatives comme les nôtres soient encouragées aussi bien par les pouvoirs publics que par ceux qu’on peut appeler les décideurs économiques du privé. Parce que c’est très difficile aujourd’hui de voir des gens qui sont prêts à mettre de l’argent sur un projet quand bien-même ils ont de l’argent qui dorment en banque.

Mais, l’Etat ne leur a pas facilité la tâche parce que non seulement les programmes étatiques n’ont pas permis de communiquer sur les avantages d’être un «business angel» (investisseur providentiel), comme quoi, si vous mettez de l’agent dans un projet, ça vous permet d’avoir des exonérations fiscales, comme ça se fait ailleurs.

Au lieu de payer les impôts avec cet argent, vous le mettez dans une entreprise et vous payez vos impôts en aidant une entreprise à se créer et à créer de la richesse. Donc il y a une faible incitation des personnes qui ont de l’argent à aider d’autres.

La deuxième chose qu’on a constatée, c’est la frilosité des banques de la place à suivre et à accompagner les entreprises. D’ailleurs, les banques au Bénin ne s’intéressent pas trop aux entreprises parce qu’elles ne font pas de démarches vers celles-ci. S’il arrive à certaines entreprises de décrocher de financement, c’est avec des taux d’intérêts exorbitants compris entre 10 et 20%.

Alors qu’ailleurs, pour une startup, ce sont des prêts à 0%, au maximum 3%. L’Etat et les structures doivent se pencher sur ça pour proposer des solutions durables parce qu’on ne peut pas vouloir aider une entreprise et mettre des taux exorbitants. L’autre chose est que l’Etat doit considérer les structures qui sont en contact permanent avec les entrepreneurs. Quand je vois des structures comme Sèmè City, ce sont des structures qui font leur travail.

Mais Sèmè City doit aussi travailler avec les incubateurs et non se substituer aux incubateurs parce que les incubateurs sont déjà sur place et travaillent. Sèmè City a de l’argent public et concurrence les incubateurs qui n’ont pas de l’argent public. Du coup, ça biaise le travail.

Sèmè City doit pouvoir être partenaire des incubateurs en place. Et au lieu de mener des programmes directement avec les autres, il doit mener des programmes avec les incubateurs qui existent déjà. Il y a énormément de jeunes qui veulent créer de la richesse.

Des projets à court, moyen et à long terme ?

On a bien de projets à court, moyen et long terme. On a engagé des partenariats avec l’université d’Abomey-Calavi en occurrence le Centre de Formation en entrepreneuriat et en volontariat avec qui on a un partenariat dynamique. Désormais, Btech Space travaille avec les jeunes pour qu’ils aient la vision académique et universitaire de l’entrepreneuriat. Ils viennent aussi chez nous pour toucher du doigt la réalité du travaille.

On a aussi un partenariat avec le Haut Commissariat des béninois de l’étranger pour permettre aux Béninois qui sont hors du pays, de commencer à investir en créant leurs entreprises au pays. Déjà il y a des Béninois qui sont aux Etats Unis, en France, au Canada qui ont lancé leur startup par Btech Space. On est en train de formaliser un partenariat avec d’autres organisations. Je ne vais pas aussi oublier le programme «Boss lady» qui est un programme pour accompagner les femmes dans l’entrepreneuriat.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l’exercice de vos activités ?

Il faut noter que les jeunes malgré le prix dérisoire de 10.000 FCFA par mois, n’arrivent pas à payer. Sur 100 jeunes qui viennent, à peine 10 arrivent à payer. Ne pouvant pas renvoyer le reste, on est obligé de faire avec l’ensemble. On ne leur en veut pas, c’est le climat financier qui est ainsi. Ce qui fait qu’on est obligé d’augmenter notre besoin en fonds de roulement et aussi de créer d’autres activités rémunératrices de revenus pour la structure parce qu’on n’a pas d’accompagnement particulier.

Combien de jeunes ont pu bénéficier de vos services depuis 2016 ?

De 2016 à 2020, nous comptons près de 500 jeunes inscrits. Parmi ceux-ci, il y a une cinquantaine qui a suivi le programme de formation, et, il y a une quinzaine qui a fait partie du programme de levée de fonds.

Quelle politique entrepreneuriale proposez-vous pour le développement des startups béninoises ?

Aujourd’hui, deux problématiques sont évidentes. S’il n’y a pas de l’argent, il n’y a pas de création d’entreprise. Il faut donc mettre en place un fonds qui pourrait faire des prêts à taux zéro pour ces jeunes, parce que les banques ne sont pas là, ni pour les entreprises ni pour les startups.

Evidemment, pour attribuer des financements aux postulants, il faut tenir compte des filières et que les jeunes soient suivis par de vrais incubateurs. L’autre problématique est celle de l’industrie de la transformation. 90% des produits que les jeunes veulent fabriquer ici ont besoin de machines qui sont achetées en Chine.

C’est un gros problème. Les jeunes ont besoin de machines alors que ces machines ne sont pas sur la place. Donc l’Etat doit aider cette frange de la population qu’on appelle «génies des procédés» à mettre en place des machines pour faire des emballages, pour faire de la combustion.

On a besoin de développer le génie des procédés et du machinisme au Bénin. La révolution entrepreneuriale ne que peut passer par là. Un exemple simple. On a du sable de verrerie au Bénin mais les gens pour embouteiller leurs produits sont obligés de commander des bouteilles à l’extérieur. Cela ne facilite pas la tâche aux entrepreneurs.

C’est pour ça que je dis que les structures comme l’ANPME et autres ne font pas encore leur boulot. Ce sont eux qui doivent prendre à cœur ce travail et, mettre en place des structures pour que nos jeunes arrêtent de commander des bouteilles en Europe et en Chine. On doit pouvoir produire ça au Bénin.

Pour faire la révolution de la transformation de nos produits, il faut pouvoir faire la révolution du génie des procédés, de la création des machines. 99% des startups qui ont réussi, c’est parce que leurs parents ont sorti des fonds pour les pousser. Si ces parents n’existaient pas, il n’existera pas de startup.

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Interview avec Anne-Marie Gnancadja Bonou : «Le secteur de l’énergie est source d’activités et de plus-value»

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La place de la femme dans le processus de développement d’une nation n’est plus chose à dire. Au Bénin, elles sont nombreuses qui, depuis quelques années exercent dans les mêmes conditions que les hommes pour l’essor de l’économie quel que soit leur secteur. C’est le cas de la cheffe de la cellule genre et développement du ministère de l’Energie, avec rang de Directrice technique, Anne-Marie Gnancadja Bonou. A travers cette interview, elle nous permet une incursion dans sa vie, son travail et les réalités de son quotidien. Lire ci-dessous, l’intégralité de ladite interview.

Comment pouvez-vous présenter votre travail ?

Anne-Marie Gnancadja Bonou : Mon travail consiste à veiller et assurer l’intégration du genre dans les actions, activités, projets et programmes du secteur de l’énergie au Bénin en vue de la réduction des inégalités sociales dans l’accès à l’énergie et aux services. De même, je suis appelée à veiller à la prise en compte de la dimension ou de l’approche genre de façon transversale aux niveaux institutionnel, programmatique et partenarial.

Donnez-nous un bref aperçu de votre cursus scolaire jusqu’à l’université.

Je suis titulaire du CEFEB, du BEPC et CAP/EB, d’un baccalauréat G1, d’une maîtrise en Sociologie-Anthropologie, d’un Diplôme d’Etudes Supérieure et Spécialisée en Gestion des Projets et Développement Local (DESS GPDL) et d’un Diplôme d’expert en Genre et Développement : Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement (Genève, Suisse)

Pourquoi avoir choisi de faire carrière dans les métiers liés à l’énergie solaire/énergie ?

J’ai commencé ma carrière professionnelle au ministère de l’Energie. Et je m’y plais bien vu la diversité de ce secteur.

Qu’est-ce qui vous a motivé à avancer malgré tous les préjugés auxquels font face les femmes dans la société béninoise ?

Je reconnais que dans un passé récent le secteur de l’énergie était fortement masculin donc réservé aux hommes. Mais beaucoup de choses ont changé, des lignes ont bouché ces années derrières où les femmes sont représentées dans ledit secteur. Je peux aujourd’hui, compter des femmes professionnelles du métier de l’énergie, ingénieures etc, des femmes actrices, para énergéticiennes, des entrepreneures qui ont une connaissance certaine du domaine.

Le secteur de l’énergie est très passionnant pour moi, c’est un secteur de développement, porteur d’activités et de plus-value. J’ai compris en réalité que quand bien même qu’il est masculinisé, le principal utilisateur de l’énergie sous toutes ses formes est la femme.

Par exemple : dans certaines de nos cultures, aller chercher du bois énergie est une tâche réservée à la femme qui en est l’utilisatrice ; la transformation du bois de chauffe en charbon, on voyait plus les femmes dans cette activité, du moment où les hommes ont compris que c’est une activité, source de revenus important, ils s’y sont investis, etc.

Quels sont les avantages dont bénéficie une femme qui travaille dans le secteur solaire/énergie ?

Les avantages sont énormes aujourd’hui, car elles ne sont pas nombreuses pour le moment. Les femmes sont très encouragées pour travailler dans le secteur, à travers le monde entier et au Bénin en particulier, des mesures d’accompagnement et d’encouragement sont mises à leur disposition pour les motiver à travailler ou entreprendre dans l’énergie. Il y a par exemple des bourses de formations professionnelles ou autres formations pour leur autonomisation, des accompagnements financiers, des prêts à taux réduit, etc.

Des activités visant à orienter et encourager les jeunes filles dans le secteur de l’énergie sont organisées. Il y a une confiance et une volonté manifeste de la part des partenaires techniques au développement à accompagner, soutenir et appuyer les femmes du secteur de l’énergie à développer leurs aptitudes, leurs initiatives dans les énergies renouvelables et la biomasse…. En d’autres termes, de nos jours il y a plusieurs opportunités pour la femme à s’investir dans le secteur de l’énergie.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de votre formation ?

Personnellement aucune. Mais le constat fait est que certains hommes techniciens du secteur ne sont pas encore prêts à accepter qu’une femme du même niveau qu’eux ou plus soit leur cheffe.

Comment arrivez-vous à cumuler les responsabilités professionnelles et professionnelles ? Vous est-il déjà arrivé de partir au travail le cœur serré parce que vous auriez voulu rester à la maison pour vous occuper de votre progéniture ?

J’arrive à cumuler aisément mes responsabilités professionnelles et matrimoniales avec complexité et la complémentarité de mon époux.

A vrai dire, il m’est arrivé une fois d’avoir le cœur serré…. pour m’occuper de ma progéniture. Seulement que la réalité est là, il faut que je travaille pour subvenir à leur éducation, besoins en complémentarité à mon époux. Et surtout pour avoir mon autonomie économique et une indépendance financière.

Quel regard portez-vous sur la femme au sein de la société béninoise ?

C’est un regard positif, car la femme béninoise aujourd’hui a atteint une certaine maturité de pensée pour son autonomisation dans tous les domaines. Elle travaille pour.

L’émancipation de la femme est quelque part un frein à son épanouissement au sein de sa famille car on remarque que plus la femme est évoluée plus elle a des difficultés à s’équilibrer sur le plan matrimonial.

C’est discutable, parce que la femme émancipée qui se voit affranchir d’une autorité, d’une domination… doit faire l’effort de concilier les rôles qui lui sont dédiés à savoir : femme émancipée, femme au foyer et mère. Certes ce n’est pas facile mais la tête sur les épaules, elle peut parvenir à faire l’équilibre sur le plan professionnel et matrimonial en faisant la part des choses. Car l’époux reste l’époux. A moins qu’elle opte pour une vie de célibat…, nos réalités socio culturelles sont là.

Quelle est la responsabilité des femmes dans cet état de choses puisqu’elles ont des difficultés à se soumettre à leurs époux quand elles assument des responsabilités professionnelles ?

C’est vrai, c’est une réalité mais c’est discutable, je pense que c’est un complexe de la part de certains hommes d’avoir une femme d’un niveau moins élevé que eux. Ils pensent qu’ils ne seront pas respectés au même titre que si c’était le contraire. C’est l’esprit d’avoir le pouvoir de dominer la femme étant donné que nous sommes dans une société patriarcale où l’homme est le chef, les hante toujours.

Quelle est la responsabilité des femmes dans cet état de choses puisqu’elles ont des difficultés à se soumettre à leurs époux quand elles assument des responsabilités professionnelles ?

La responsabilité de la femme est de donner toujours à son mari la place qui lui revient, de le respecter en tant que mari et de le mettre en confiance. La femme doit nécessairement faire la part des choses. Assumer ses responsabilités professionnelles ne sont pas synonyme de abandonner ses responsabilités matrimoniales. Il faut toujours et en tout temps faire la part des choses pour vivre une vie harmonieuse. Mieux la femme gère sa vie matrimoniale, mieux elle est performante dans sa vie professionnelle.

Quels conseils avez-vous à l’endroit des femmes pour leur émancipation ?

Je conseille aux femmes pour leur émancipation d’être présentes sur le marché du travail, dans les activités dites masculines, gagner en autonomie et en reconnaissance. Dans cette affirmation qu’elle pense à leur rôle d’épouse et de mère pour la paix et l’harmonie au sein du foyer.

Avez-vous une préoccupation particulière à aborder ?

Je m’engage à travailler pour une meilleure représentativité des femmes du secteur de l’énergie sur le marché du travail et des affaires. Merci

Interview réalisée par Nafiou OGOUCHOLA

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