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Darius Jah Quenum : «Il y a de l’argent dans la musique, c’est le sérieux qui fait défaut»

La musique béninoise, à l’instar de celle africaine, évolue au rythme des productions qui inondent le marché. A travers une interview accordée à Darius Codjo Quenum alias Darius Jah Quenum, nous abordons quelques aspects de ce secteur au Bénin. Notre interlocuteur est musicien multi instrumentiste, plasticien et formateur. Il donne des cours de musique, organise des séances de recyclage dans son atelier ‘’Dacoq art’’ situé à Cadjèhoun, à Cotonou.

Quels ont été vos débuts avec la musique ?

Darius Jah Quenum : J’ai connu la musique traditionnelle, le kaléta et tout dès mon enfance. J’ai progressé et plus tard j’ai embrassé la scène professionnelle. J’ai migré vers le nord du Bénin dans les années 1970 et j’y ai vu évoluer des musiciens comme Alidou et autres. J’avais quelques contacts avec ces artistes confirmés de l’époque et je les voyais jouer sur scène. Je les aidais quelques fois à installer leurs matériels ou pour divers services.

Tout doucement, en collaborant avec ces aînés, j’ai pu commencer à m’initier à la guitare, en cherchant quelques mélodies que je connaissais. A partir des instruments des musiciens cités ci-dessus, auxquels je pouvais toucher quelquefois. C’est ainsi que j’ai débuté et à force de travail et d’abnégation j’ai vite progressé pour avoir le niveau pour monter sur scène. Cela s’est fait par les journées culturelles qu’on animait avec mes compagnons. Ensuite, la scène professionnelle s’est présentée à nous et nous n’avions pas hésité. Enfin, j’ai commencé par enseigner la musique et les arts plastiques.

Dans les années 1980, j’étais déjà un chanteur professionnel. J’officiais dans un orchestre qui était nommé ‘’Rocket 7’’ où je faisais le chœur. Angelo Osiais en était le chef orchestre et chanteur principal. C’est mon cousin.

J’ai aussi vite pris contact avec l’administration d’un orchestre. Je m’occupais du matériel et de l’organisation. J’étais en 6ème en ce temps. Après, il s’est agi de former un orchestre dans mon collège et à cette époque, il fallait monter un groupe pour représenter le collège.

A partir d’un certain moment, nous nous sommes réunis entre amis et avions décidé de faire de la musique ensemble. Nous nous sommes organisés en un groupe qu’on appelait SAM 11. Dans les années 1986, avec cet orchestre, nous nous sommes mis au service des vedettes de l’époque que nous accompagnions sur scène. Gabin Assouramou, batteur, était chef orchestre ; feu Richard Quenum, Lolo Assouramou, feu André Quenum… composaient cet orchestre. Au fil du temps cet orchestre s’est métamorphosé. Certains sont partis et d’autres sont arrivés.

Quelle a été la suite ?

Avec SAM 11, l’aventure s’est arrêtée en 1993, si ma mémoire est bonne. Avant cette date j’avais décidé de travailler au Niger. L’un après l’autre, les autres membres ont aussi décidé de quitter le nord. Certains sont descendus vers le sud et d’autres ont quitté le Bénin, comme moi. Je suis resté au Niger pendant 10 à 15 ans.

Comment pouvez-vous présenter l’atelier ‘’Dacoq music’’ ?

‘’Dacoq music’’ est un atelier de musique. C’est un programme que j’ai établi depuis longtemps au profit de tout individu dont la sensibilité ou le niveau aurait besoin d’un apport. C’est plutôt pour combler ce vide que je sais que je vais rencontrer avec les musiciens que j’ai établi ce programme pour mettre mon savoir-faire et mon expérience au service de l’art musical béninois, africain et mondial. Car, je travaille avec des ressortissants de toutes les nationalités. L’essentiel étant que le musicien qui a envie de se faire accompagner sur le plan de l’instruction puisse être de bonne moralité et être prêt à travailler pour accomplir des performances.

Quel regard jetez-vous sur la formation des musiciens au Bénin ?

Il y a deux problèmes ici. Le premier c’est qu’il y a très peu de propositions réelles. La majorité des gens qui proposent des formations ne sont pas des formateurs en réalité. Le deuxième problème c’est que celui qui vient pour suivre une formation n’est souvent pas prêt ou est déjà prédisposé, d’une certaine manière, à ne jamais recevoir la formation, avant d’aller s’inscrire.

Donc, c’est deux problèmes qui minent la formation des musiciens au Bénin. Il faut d’abord chercher à comprendre et solutionner ces problèmes avant d’espérer quelque chose de potable. Ici, quand vous rencontrez quelqu’un qui vous dit qu’il veut faire la musique, il faut le suivre pendant un moment pour savoir s’il est vraiment motivé et s’il a la capacité de le faire.

Quel regard sur la musique béninoise ?

La musique au Bénin partait un peu stagnante. Sa situation n’évolue pas. La musique béninoise n’est pas aussi représentative que ça. Il y a toujours un manque, un problème dans les œuvres musicales qui sont proposées.

Comment pensez-vous qu’on peut résoudre ce problème ?

Il faut miser d’abord sur la formation dispensée par des formateurs avérés qui maîtrisent l’art musical avant de se proposer à former d’autres individus. Après, il faut former les jeunes, tout en suivant une politique culturelle et musicale bien établie avec des objectifs précis et des moyens conséquents.

La musique nourrit-elle son homme ?

Comme tout métier, la musique nourrit son homme. Elle propose même de l’argent que les musiciens ne viennent pas chercher. Un peu partout à Cotonou, vous remarquez que la ville n’est pas animée. Il y a quelques deux ou trois endroits où vous voyez des musiciens faire du live. Mais ce n’est pas encore ça. Il y a plusieurs bons restaurants qui ont même des instruments de musique qui sont exposés mais, il n’y a pas de musiciens pour s’exprimer.

Des musiciens soutiennent que les cachets proposés ne sont pas à la hauteur de l’effort fourni

C’est parce que les musiciens eux-mêmes ne sont pas à la hauteur des cachets auxquels ils prétendent. Sinon, lorsque le cachet n’est pas ce qu’il faut et que le musicien rend un peu, le client est toujours prêt à compléter. La musique est un métier.

On n’a jamais forcé quelqu’un à être musicien. J’ai toujours vécu de la musique. Et il y a de l’argent dans la musique que je vois et je laisse. Parce qu’il n’y a pas des musiciens sérieux pour m’accompagner. Cela fait environ 40 ans que je fais de la musique.

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