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Interview avec Arel Zannou, Pdt du patronat des startups du Bénin : «Les startups n’ont pas de statut au Bénin»

Nouvelle entreprise innovante, une start-up est généralement à la recherche d’importants fonds d’investissement, malgré son fort potentiel de croissance économique. Ce marché innovant encore à ses débuts au Bénin, est confronté à de nombreuses difficultés. Des défis que tente de relever Arel Zannou, à travers la création du patronat des startups du Bénin.

Présentez-vous à nos lecteurs

Arel Zannou : Moi c’est Arel Zannou. Je suis pharmacien de formation, directeur de la start-up ‘’dis-moi-doc’’ qui est spécialisé dans les services de santé. Je préside également le patronat des startups du Bénin, une association qui regroupe tous les startups du pays.

Comment se porte le processus de développement des start-up au Bénin ?

Quand on parle de start-up au Bénin, nous sommes encore à l’étape embryonnaire en comparaison avec ce qui se passe dans le monde. L’Afrique a cette spécificité de toujours rester à la traine. Ce qui est important c’est qu’on ait amorcé quand même la chose. Car, depuis bientôt 3 ans nous avons connu une nette progression. Il y a davantage de jeunes qui s’intéressentau secteur.

Au début on était 3 ou 4 et les gens ne comprenaient même pas le sens du mot start-up. C’était difficile de se connaitre dans ce cadre-là. Mais avec l’avènement de l’actuel ministre de l’économie numérique il y a eu une accélération des mesures d’accompagnement et aujourd’hui on compte beaucoup de startups qui n’ont pas encore tous atteint l’objectif qui est d’avoir une forte croissance et de pouvoir aller très vite. Mais nous espérons qu’avec les mécanismes qui sont mises en place, nous pourrions aller un peu plus vite.

Beaucoup pense que les startups béninoises manquent d’idées novatrices. Qu’en dites-vous ?

Je ne suis pas du même avis. Les idées il y en a. Je suis bien placé pour le garantir. Le problème c’est que l’environnement ne favorise pas l’éclosion de ces idées. Vous allez remarquer, qu’il suffit qu’unjeune sorte du cadre béninois et se retrouve dans un autre cadre et il excelle. Cela veut dire que les conditions ne sont pas réunies au Bénin pour qu’on puisse toucher du doigt une éclosion effective. En tant que Président du patronat des startups du Bénin, je puis vous garantir que nous avons des idées qui sont très novatrices, de très belles idées.

Alors le patronat des startups du Bénin, comment ça a commencé ?

Comme je vous le disais, on était que 3 startups au début après il y a eu quelques autres qui se sont ajoutées. Au fil du temps, on s’est rendu compte que non seulement nous n’avons pas de bonnes conditions mais qu’on avait des besoins spécifiques. Chacun essayait d’aller vers l’autorité pour améliorer sa condition.

Maintenant, nous nous sommes dit qu’il vaut mieux se mettre ensemble et cela nous permettrait d’atteindre plus facilement notre objectif puisque l’union fait la force. C’est de là que nous avons décidé de nous mettre en association. Nous avons donc convoqué une assemblée générale élective dans laquelle il y a eu les jeunes entrepreneurs qui se reconnaissaient startups.

A cette occasion, nous avions élu un bureau de 7 membres dont je suis le président. Le bureau est composé d’un vice-président, d’un secrétairegénéral, d’un secrétaire général adjoint, d’un trésorier, d’un trésorier adjoint et d’un chargé des relations de la communication.

Nous avons aussi deux commissaires aux comptes. Cette organisation est comme le représentant de tout l’écosystème ‘’start-up’’ auprès de nos autorités. Du coup c’est plus facile pour nous de demander l’amélioration des conditions, de participer à un certain nombre de chose pour le développement des jeunes startups.

Au départ vous étiez au plus 3 startups. Aujourd’hui le patronat compte combien de membres ?

A l’heure actuelle le patronat compte environ 80 membres. Nous enregistronsrégulièrement des adhésions. Nous sommes conscients qu’il y en a plus et nous travaillons à expliquer aux gens ce que c’est qu’une start-up. Parce qu’il y en a qui ne se reconnaissent pas encore à cause d’une mauvaise compréhension du thème. Il y a un travail de vulgarisation, d’information que nous avons organisée pour permettre aux gens de comprendre et éventuellement se retrouver dans ce que nous faisons.

Cette aventure a commencé quand ?

Disons que l’aventure a commencé en janvier 2018 et le 8 mars 2018 nous avons formalisé notre association. C’était le démarrage effectif de nos activités puisqu’avant nous étions en train de réfléchir à la mise en place un certain nombre de chose.

Quels sont les objectifs et mission du patronat des startups béninois ?

Le premier objectif c’est surtout de faire en sorte qu’il y ait de bonnes conditions, un bon écosystème pour permettre à ce que les startups se développent facilement. Nous n’avons pas réinventé la houe. Nous avons juste remarqué que tous les pays dans lesquels les startups se développent bien avaient de bonnes conditions pour la croissance d’une entreprise.

Donc notre objectif était de nous mettre ensemble et de réclamer les préalables qu’il faut. Ces conditions ne dépendent pas seulement de nous mais des autorités. La meilleure façon de nous faire entendre, c’était de nous mettre ensemble.

Le deuxième objectif c’est de faire en sorte qu’entre nous startups on puisse se compléter. Qu’on puisse échanger les techniques et les expériences. Le troisième objectif, c’est la formation, le coaching, le mentoring qu’il nous faut pour pouvoir grandir ensemble.

Quelles sont vos réalisations après une année d’existence ?

Nous avons eu plusieurs réalisations. En termes de participation aux événements, les ministères de l’économie numérique et celui des petites et moyennes entreprises nous ont associé à plusieurs événements. Nous avons par exemple assisté au forima, au mat mobile appday… nous avons également participé à des groupes de réflexion sur ‘’comment faire évoluer l’écosystème’’ et dernièrement nous avons représenté le patronat à Barcelone dans le cadre du Gsma.

De façon concrète à notre niveau, nous avons organisé des formations à l’endroit des startups membres. Nous avons fait appel à des spécialistes qui sont venues partager leurs expériences avec nous. Nous avons démarré depuis deux mois les préparatifs pour organiser un concours qu’on appelle le «U-challenge». L’objectif c’étaitde créer une compétitionentre les jeunes startups du milieu universitaire.

Nous avons constaté que les formations à l’université étaient trop théoriques et nous avons pu réfléchir à comment amener les jeunes à réfléchir sur ‘’comment créer des entreprises depuis l’université’’. Ce challenge aboutira en réalité à mettre en place de petits clubs de startups au sein des universités. Ça va être des clubs qui auront pour objectif de favoriser l’entreprenariat en milieu universitaire. Ainsi, le jeune peut sortir de l’université avec son diplôme et son entreprise en même temps.

En termes de résultat, est-ce que vous avez pu sentir une amélioration au niveau des startups encadrées jusque-là ?

Evidemment ! Puisque les startups se multiplient aujourd’hui au Bénin. Il y en a qui font de très belles réalisations. Les conditions ne sont pas encore ce que nous voulons mais les lignes ont bougé. Aujourd’hui il y a beaucoup de jeunes startups qui participent à des forums et autres événements sur le plan international. L’autorité nous considère et cela permet aux jeunes qui ont envie d’entreprendre de venir vers nous pour prendre des conseils.

Comment se passe alors la collaboration entre le pouvoir public et les jeunes startups ?

Nous sommes dans un système ou l’autorité a beaucoup de pouvoir et peut faire beaucoup de chose. Nous avons de très bonne relation avec les ministères et des structures de tutelles. Nous avons une écoute attentive du ministre des Petites et moyennes entreprises (Pme) qui fait beaucoup pour nous aider. Entre autres, il y a la promotion du statut de l’entreprenant. Après cela nous sommes en train de préparer un texte législatif qui va aborder des conditions de création et d’exercice des startups au Bénin. Les autorités ont compris l’enjeu et c’est cela le plus important pour nous.

Les difficultés sont courantes. Est-ce que vous en rencontrez aussi au sein de l’association ?

Nous sommes une jeune association et donc nous avons beaucoup de difficultés. Le cadre dans lequel se trouve le siège du patronat, par exemple ; ce n’est pas adéquat mais cela n’a pas été facile n’ont plus de l’avoir. Il a fallu que nous mettions la main à la poche. Nous aurons voulu que ce soit un cadre beaucoup plus adapté avec l’accompagnement des partenaires au développement et un certain nombre de personne.

Mais je pense que nous allons y arriver. Sur le plan organisationnel nous manquons aussi de financement pour le fonctionnement du bureau. Parfois nous sommes invités dans un pays pour participer à des événements mais faute de moyens, on n’y part pas. De façon générale, les conditions qui doivent être mises sur place pour faciliter notre éclosion n’existe pas encore.

Quelles sont déjà les perspectives du patronat ?

Pour cette année nous comptons capitaliser toutes les expériences de la première année. Il y a beaucoup d’activités que nous avons initiées et sur lesquelles nous continuons de travailler. Donc 2019 sera une année de continuité pour être sûr que les objectifs que nous nous nous sommes fixés soient atteints. Après on pourra passer à une assemblée général pour revoir un peu les stratégies à mettre en place ; poursuivre tout ce qui a été entrepris en 2018, de les parfaire et de passer à la réalisation.

Votre mot de fin

Merci pour cette interview. Pour ne pas paraitre prétentieux je vais demander aux jeunes d’entreprendre avec le cœur. Ne vous lancer pas dans un projet parce que c’est la mode ou bien pour faire plaisir à quelqu’un. Allez-y avec du cœur et vous verrez que ça marche toujours car vous vivez le projet et vous travaillez à faire vivre ce projet.

Ensuite, il faut s’assurer que ce que vous proposez réponde vraiment à une problématique. Il ne sert à rien de copier une idée qui a marché dans un autre pays car les contextes ne sont pas les mêmes. Aussi, ne pas se précipiter sur les financements. Il faut voir et échelonner les besoins. C’est vrai qu’on a besoin de financement mais il faut savoir à quel moment accéder au financement.

Par ailleurs, les parents sont les premiers clients. Si vous arrivez à les convaincre cela vous sert de test. Mon mot de fin c’est donc de dire à tous les jeunes que l’espoir est permis. Nous devons arrêter de nous plaindre et travailler véritablement pour assurer la réussite.

Réalisée par Félicienne HOUESSOU

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