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«La conférence était le seul remède capable de guérir le Bénin», dixit le professeur Hounkpatin de l’UAC

Doctorat en histoire de l’art à l’Université d’Abomey Calavi, au département d’histoire de ladite université, Philémon Comlan Hounkpatin, plus qu’un veilleur qui guette l’histoire, décrypte cet ouvrage mémorable réalisé pour la première fois en Afrique par des mains béninoises.

Monsieur le professeur la proclamation de la souveraineté a-t-elle impacté la conférence nationale ?

Je vous remercie de me donner l’occasion de partager avec tous les compatriotes le regard que je porte sur ce pan inoubliable et mémorable de l’histoire de notre chère patrie le Bénin.

L’élément principal qui a le plus impacté la conférence nationale est la proclamation de la souveraineté nationale. Ce jour-là du 28 février 1990, alors que tout le peuple avait peur de l’issue de ladite conférence, contre toute attente, le président Kérékou, a dit avec la verve qu’on lui connaît qu’il accepte les décisions de cette conférence qui s’est proclamée souveraine.

Cette prise de parole est importante au point qu’elle vint détendre l’atmosphère et mettre la balle à terre, car tout ce qui sera retenu à cette conférence sera appliqué comme une volonté du peuple. La graine démocratique venait ainsi d’être semée au Bénin après 17 ans de privation de liberté.

Kérékou et de Souza ont-ils joué un rôle hors du commun ?

Au début monseigneur de Souza et le général Mathieu Kérékou étaient considérés comme deux personnalités antagonistes. En effet, tous les politiciens béninois avaient peur d’affronter le général. Pour cela, ils se sont concertés alors pour dresser sur son chemin un téméraire serviteur de Dieu, qui en lui-même, ne savait où le conduisait ce bateau.

Sous sa témérité et son assurance, nous devinons quelques fois tantôt une assurance, tantôt une crainte qui le fait mettre les travaux quotidiens de la conférence sous la protection divine. Mais par la suite, personne ne comprit ce qui se passa. Les deux personnalités sont miraculeusement devenues des acteurs complémentaires pour l’accomplissement d’un seul et unique objectif : l’instauration de la paix durable au Bénin.

Si cette rencontre n’avait pas connu cette proclamation, avait-elle les chances d’aboutir au regard des écueils et de la périodisation ?

La souveraineté nationale a permis au peuple béninois de prendre ses responsabilités et de jouer enfin son rôle qui lui avait été confisqué pendant longtemps. Pour la première fois, en Afrique, un peuple, sans effusion de sang a arraché le pouvoir à un militaire. C’était inédit. Mais cette souveraineté a vraiment eu tout son pesant d’or pour avoir joué sur le concept du pardon. Dés lors, elle a servi à réconcilier le peuple en passant l’éponge sur un certain nombre de choses. La démocratie fut semée en Afrique.

Peut-on considérer cette proclamation comme une usurpation de prérogatives ? Si Mathieu Kérékou s’était obstiné, que pouvait-il se passer ?

Si la conférence n’avait pas connu cette proclamation, je l’ai dit plus haut, et je cité le président Kérékou dans les premiers jours de la conférence : «la Constitution sera écrite avec le sang de tous les Béninois». Si tout avait basculé, notre pays serait encore en guerre aujourd’hui. Plaise à Dieu nous n’avons pas connu ce sort.

Pour cette raison, cette proclamation n’avait pas été une usurpation de prérogatives d’autant plus que le président Kérékou même avait constaté une détermination chez les conférenciers qui représentaient le peuple. Une occasion leur était donnée pour la première fois de régler les grands problèmes du pays et ils n’avaient pas le droit d’échouer et c’est là où, entre la détermination des conférenciers et la rigidité verbale des premiers jours du président Kérékou, nous soupçonnons des nuits blanches du prélat avec lui pour l’aider à forger son discours du dernier jour. C’est miraculeux!

Les termes «nationaliste»; «républicain» ; «héros» sont utilisés par des historiens de votre cran avec délicatesse. Dans quelle catégorie, peut-on classer chacune de ces deux personnalités ?

Qu’ils soient désignés comme
«nationalistes» ou comme «républicains», monseigneur de-Souza et le général Kérékou étaient avant tout sont des «héros», car un héros est quelqu’un qui accepte de se sacrifier pour sa patrie. Si tout avait basculé le prélat et les conférenciers ne s’en sortiraient sûrement pas tous.

De la même façon, si les conférenciers n’avaient pas accepté de faire des concessions, le président Kérékou pourrait banalement se retrouver en difficultés compte tenu de ce qu’a vécu le peuple pendant une vingtaine d’années. De toutes les manières, un héros est un candidat au sacrifice pour son pays alors qu’un républicain ou un nationaliste sait quelle limite ne pas franchir. Ils sont donc des héros et l’histoire les retient comme tels.

On a constaté par deux fois que le Bénin pourtant englué dans les problèmes politiques aussi bien en 2010 avec la Lépi qu’en 2019 avec les législatives exclusives, n’a pas voulu aller dans cette direction. Pourquoi les autorités en ces moment-là, sont-elles restées inflexibles ?

Tout le monde sait qu’à la conférence des forces vives du Bénin, toutes les obédiences politiques étaient présentes à l’exception du PCB qui aurait voulu que les choses se soient passées autrement et que le général ne méritât aucun pardon. Ils étaient vraiment minoritaires et s’en sont voulu après pour n’avoir pas participer à cette historique rencontre. La vérité était qu’ils doutaient de l’issue heureuse des évènements.

Mais hormis eux, tous les autres représentants du peuple y étaient. C’était un véritable consensus. Ce n’est pas le cas de la révision constitutionnelle de novembre passé. Le peuple en réalité n’était pas représenté, car il y avait des grincements de dents à voir que seuls les deux partis créés sous la coupole de chef de l’Etat étaient représentés à l’Assemblée nationale.

C’est pourquoi les opposants exigeaient que tous les partis de l’opposition et tous ceux qui s’opposent au pouvoir du président de la République et qui se retrouvent aujourd’hui par la force des choses à l’extérieur du pays soient présents et participent activement à cette première retouche de la Constitution béninoise qu’ils considèrent comme acquis démocratiques à préserver. Qui sait si d’ici-là ce travail ne va pas être repris de façon plus élégante. Une manière peut- être pour notre chef d’Etat de se racheter aux yeux des opposants.

La conférence sous le format de 1990, peut-elle se reproduire au Bénin quand on procède à l’histoire comparée?

Nous pouvons avoir une conférence nationale si, comme je viens de le dire, nos dirigeants n’apprennent pas à faire du consensus leur source d’inspiration avant de prendre un certain nombre d’actes importants qui touchent la vie de la République. Ce qui s’était passé en 1989 et qui a conduit à la conférence n’était pas préparé. C’était arrivé naturellement car le pays était bloqué et plus rien ne pouvait bouger sans cette rencontre.

Elle était le seul remède capable de guérir et de ramener le pays sur les rails. Faisons alors très attention pour ne plus descendre dans l’abîme d’une telle envergure. Nous avons eu la chance de trouver le bon remède administré par des médecins conciliants. Pouvons-nous toujours avoir cette chance.

Quels sont vos sentiments 30 ans après cet événement d’abord en tant que Béninois puis en tant qu’universitaire chercheur ?

C’est un sentiment de fierté qui l’anime, car cette conférence a montré le niveau d’audace et d’intelligence du peuple béninois. Nous avons intérêt à garder le cap et toujours nous souvenir que nous n’avons qu’un seul pays d’environ 116000 kilomètres carrés. Et que nous avons le même sang qui circule dans nos veines. Le Bénin est un et indivisible.

Mieux, trois choses ont pu faire la réussite de la conférence nationale du Bénin. Il y a d’abord le caractère de la crise de 1989 qui a bloqué le pays, le leadership des acteurs principaux et l’esprit de pardon qui a dirigé les conclusions de la conférence.

Ces conditions n’étaient pas remplies dans le cas des pays africains qui ont cherché à imiter le Bénin. Comme le dit la sagesse populaire, «si l’éléphant utilisait la même amulette que le caméléon, il serait foudroyé». Ils ne souffraient pas de la même maladie que le Bénin. Ils ont choisi de faire une auto médication qui ne leur a pas marché, car ils n’ont fait qu’imiter sans vivre les mêmes expériences que le Bénin.

Le Département d’histoire de l’UAC est souvent accusé de n’avoir rien fait pour permettre aux Béninois de se ressourcer alors que l’un de vos devanciers dans ce même département, Léopold Dossou a été membre du présidium de la conférence. Cette assertion est-elle une contrevérité ? Enumérez-nous quelques grands actes de la part de département en la matière.

Le Département d’histoire et d’archéologie fait de son mieux pour participer à l’écriture de l’histoire du Bénin à travers ces faits importants, mais ne le fait pas assez. Les enseignants doivent élaborer de bons projets de recherche afin de trouver de financement auprès du gouvernement ou des partenaires pour mieux s’occuper de certains événements qui méritent plus d’attention de leur part.

Si la plupart des anciens sont déjà à la retraite, les jeunes sont de moins en moins préoccupés par ce fait. Il n’y a pas longtemps, le département était sur le vaste projet d’écriture de l’histoire nationale du Bénin.

Pour l’heure il n’y a pas de financement pour les projets communs, ce qui fait consacrer chacun à son petit projet. Cette attitude n’arrange encore rien. Tout reste donc à refaire.

Propos recueillis par Titus FOLLY

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