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«La conférence était le seul remède capable de guérir le Bénin», dixit le professeur Hounkpatin de l’UAC

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Doctorat en histoire de l’art à l’Université d’Abomey Calavi, au département d’histoire de ladite université, Philémon Comlan Hounkpatin, plus qu’un veilleur qui guette l’histoire, décrypte cet ouvrage mémorable réalisé pour la première fois en Afrique par des mains béninoises.

Monsieur le professeur la proclamation de la souveraineté a-t-elle impacté la conférence nationale ?

Je vous remercie de me donner l’occasion de partager avec tous les compatriotes le regard que je porte sur ce pan inoubliable et mémorable de l’histoire de notre chère patrie le Bénin.

L’élément principal qui a le plus impacté la conférence nationale est la proclamation de la souveraineté nationale. Ce jour-là du 28 février 1990, alors que tout le peuple avait peur de l’issue de ladite conférence, contre toute attente, le président Kérékou, a dit avec la verve qu’on lui connaît qu’il accepte les décisions de cette conférence qui s’est proclamée souveraine.

Cette prise de parole est importante au point qu’elle vint détendre l’atmosphère et mettre la balle à terre, car tout ce qui sera retenu à cette conférence sera appliqué comme une volonté du peuple. La graine démocratique venait ainsi d’être semée au Bénin après 17 ans de privation de liberté.

Kérékou et de Souza ont-ils joué un rôle hors du commun ?

Au début monseigneur de Souza et le général Mathieu Kérékou étaient considérés comme deux personnalités antagonistes. En effet, tous les politiciens béninois avaient peur d’affronter le général. Pour cela, ils se sont concertés alors pour dresser sur son chemin un téméraire serviteur de Dieu, qui en lui-même, ne savait où le conduisait ce bateau.

Sous sa témérité et son assurance, nous devinons quelques fois tantôt une assurance, tantôt une crainte qui le fait mettre les travaux quotidiens de la conférence sous la protection divine. Mais par la suite, personne ne comprit ce qui se passa. Les deux personnalités sont miraculeusement devenues des acteurs complémentaires pour l’accomplissement d’un seul et unique objectif : l’instauration de la paix durable au Bénin.

Si cette rencontre n’avait pas connu cette proclamation, avait-elle les chances d’aboutir au regard des écueils et de la périodisation ?

La souveraineté nationale a permis au peuple béninois de prendre ses responsabilités et de jouer enfin son rôle qui lui avait été confisqué pendant longtemps. Pour la première fois, en Afrique, un peuple, sans effusion de sang a arraché le pouvoir à un militaire. C’était inédit. Mais cette souveraineté a vraiment eu tout son pesant d’or pour avoir joué sur le concept du pardon. Dés lors, elle a servi à réconcilier le peuple en passant l’éponge sur un certain nombre de choses. La démocratie fut semée en Afrique.

Peut-on considérer cette proclamation comme une usurpation de prérogatives ? Si Mathieu Kérékou s’était obstiné, que pouvait-il se passer ?

Si la conférence n’avait pas connu cette proclamation, je l’ai dit plus haut, et je cité le président Kérékou dans les premiers jours de la conférence : «la Constitution sera écrite avec le sang de tous les Béninois». Si tout avait basculé, notre pays serait encore en guerre aujourd’hui. Plaise à Dieu nous n’avons pas connu ce sort.

Pour cette raison, cette proclamation n’avait pas été une usurpation de prérogatives d’autant plus que le président Kérékou même avait constaté une détermination chez les conférenciers qui représentaient le peuple. Une occasion leur était donnée pour la première fois de régler les grands problèmes du pays et ils n’avaient pas le droit d’échouer et c’est là où, entre la détermination des conférenciers et la rigidité verbale des premiers jours du président Kérékou, nous soupçonnons des nuits blanches du prélat avec lui pour l’aider à forger son discours du dernier jour. C’est miraculeux!

Les termes «nationaliste»; «républicain» ; «héros» sont utilisés par des historiens de votre cran avec délicatesse. Dans quelle catégorie, peut-on classer chacune de ces deux personnalités ?

Qu’ils soient désignés comme
«nationalistes» ou comme «républicains», monseigneur de-Souza et le général Kérékou étaient avant tout sont des «héros», car un héros est quelqu’un qui accepte de se sacrifier pour sa patrie. Si tout avait basculé le prélat et les conférenciers ne s’en sortiraient sûrement pas tous.

De la même façon, si les conférenciers n’avaient pas accepté de faire des concessions, le président Kérékou pourrait banalement se retrouver en difficultés compte tenu de ce qu’a vécu le peuple pendant une vingtaine d’années. De toutes les manières, un héros est un candidat au sacrifice pour son pays alors qu’un républicain ou un nationaliste sait quelle limite ne pas franchir. Ils sont donc des héros et l’histoire les retient comme tels.

On a constaté par deux fois que le Bénin pourtant englué dans les problèmes politiques aussi bien en 2010 avec la Lépi qu’en 2019 avec les législatives exclusives, n’a pas voulu aller dans cette direction. Pourquoi les autorités en ces moment-là, sont-elles restées inflexibles ?

Tout le monde sait qu’à la conférence des forces vives du Bénin, toutes les obédiences politiques étaient présentes à l’exception du PCB qui aurait voulu que les choses se soient passées autrement et que le général ne méritât aucun pardon. Ils étaient vraiment minoritaires et s’en sont voulu après pour n’avoir pas participer à cette historique rencontre. La vérité était qu’ils doutaient de l’issue heureuse des évènements.

Mais hormis eux, tous les autres représentants du peuple y étaient. C’était un véritable consensus. Ce n’est pas le cas de la révision constitutionnelle de novembre passé. Le peuple en réalité n’était pas représenté, car il y avait des grincements de dents à voir que seuls les deux partis créés sous la coupole de chef de l’Etat étaient représentés à l’Assemblée nationale.

C’est pourquoi les opposants exigeaient que tous les partis de l’opposition et tous ceux qui s’opposent au pouvoir du président de la République et qui se retrouvent aujourd’hui par la force des choses à l’extérieur du pays soient présents et participent activement à cette première retouche de la Constitution béninoise qu’ils considèrent comme acquis démocratiques à préserver. Qui sait si d’ici-là ce travail ne va pas être repris de façon plus élégante. Une manière peut- être pour notre chef d’Etat de se racheter aux yeux des opposants.

La conférence sous le format de 1990, peut-elle se reproduire au Bénin quand on procède à l’histoire comparée?

Nous pouvons avoir une conférence nationale si, comme je viens de le dire, nos dirigeants n’apprennent pas à faire du consensus leur source d’inspiration avant de prendre un certain nombre d’actes importants qui touchent la vie de la République. Ce qui s’était passé en 1989 et qui a conduit à la conférence n’était pas préparé. C’était arrivé naturellement car le pays était bloqué et plus rien ne pouvait bouger sans cette rencontre.

Elle était le seul remède capable de guérir et de ramener le pays sur les rails. Faisons alors très attention pour ne plus descendre dans l’abîme d’une telle envergure. Nous avons eu la chance de trouver le bon remède administré par des médecins conciliants. Pouvons-nous toujours avoir cette chance.

Quels sont vos sentiments 30 ans après cet événement d’abord en tant que Béninois puis en tant qu’universitaire chercheur ?

C’est un sentiment de fierté qui l’anime, car cette conférence a montré le niveau d’audace et d’intelligence du peuple béninois. Nous avons intérêt à garder le cap et toujours nous souvenir que nous n’avons qu’un seul pays d’environ 116000 kilomètres carrés. Et que nous avons le même sang qui circule dans nos veines. Le Bénin est un et indivisible.

Mieux, trois choses ont pu faire la réussite de la conférence nationale du Bénin. Il y a d’abord le caractère de la crise de 1989 qui a bloqué le pays, le leadership des acteurs principaux et l’esprit de pardon qui a dirigé les conclusions de la conférence.

Ces conditions n’étaient pas remplies dans le cas des pays africains qui ont cherché à imiter le Bénin. Comme le dit la sagesse populaire, «si l’éléphant utilisait la même amulette que le caméléon, il serait foudroyé». Ils ne souffraient pas de la même maladie que le Bénin. Ils ont choisi de faire une auto médication qui ne leur a pas marché, car ils n’ont fait qu’imiter sans vivre les mêmes expériences que le Bénin.

Le Département d’histoire de l’UAC est souvent accusé de n’avoir rien fait pour permettre aux Béninois de se ressourcer alors que l’un de vos devanciers dans ce même département, Léopold Dossou a été membre du présidium de la conférence. Cette assertion est-elle une contrevérité ? Enumérez-nous quelques grands actes de la part de département en la matière.

Le Département d’histoire et d’archéologie fait de son mieux pour participer à l’écriture de l’histoire du Bénin à travers ces faits importants, mais ne le fait pas assez. Les enseignants doivent élaborer de bons projets de recherche afin de trouver de financement auprès du gouvernement ou des partenaires pour mieux s’occuper de certains événements qui méritent plus d’attention de leur part.

Si la plupart des anciens sont déjà à la retraite, les jeunes sont de moins en moins préoccupés par ce fait. Il n’y a pas longtemps, le département était sur le vaste projet d’écriture de l’histoire nationale du Bénin.

Pour l’heure il n’y a pas de financement pour les projets communs, ce qui fait consacrer chacun à son petit projet. Cette attitude n’arrange encore rien. Tout reste donc à refaire.

Propos recueillis par Titus FOLLY

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Abdel Aziz Assani : «Sèmè City doit être partenaire des incubateurs en place»

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Au Bénin, pour accompagner les startups à concrétiser leurs projets en entreprise, les centres d’incubation ne cessent de multiplier les actions devant conduire au succès souhaité. Dans ce nouveau numéro de la rubrique ‘’Entrepreneuriat et industrie», Abdel Aziz Assani, responsable de l’espace d’incubation «Btech Space», présente l’apport des incubateurs dans l’essor de l’entrepreneuriat béninois. Entretien.

Comment présentez-vous Btech Space ?

Btech Space, c’est un espace de co-working. C’est un espace qui permet aux jeunes de travailler dans un environnement serein et dans un écosystème entrepreneurial pour avoir non seulement la disponibilité et l’espace, mais aussi pour confronter leurs idées avec d’autres personnes qui sont dans une démarche entrepreneuriale.

C’est d’abord la motivation première de Btech Space. Mis à part cet espace de co-working, il y a un incubateur d’entreprises, c’est-à-dire des programmes qui permettent aux entreprises d’être accompagnées en termes de formation et en termes de recherche de financements.

Btech Space, pour répondre à quelle préoccupation ?

Moi-même je suis chef d’entreprise et j’ai eu à passer par un espace de co-working en France avant de créer mon entreprise. Je me suis rappelé que c’était agréable pour moi d’avoir un espace où j’avais la possibilité de quitter la maison, d’être accompagné par des gens et aussi d’échanger avec d’autres personnes qui avaient les mêmes idées que moi.

Je l’ai fait à Lyon, je suis resté dans un espace d’incubation pendant deux (02) ans avant de créer ma première entreprise. Alors du coup, je me suis rappelé cela quand j’ai décidé de rentrer au Bénin. J’ai voulu apporter ma pierre à l’édifice en créant un espace pour les jeunes qui ont envie d’entreprendre voilà pourquoi j’ai pensé à mettre en place un pareil espace.

De quoi est fait votre quotidien au niveau du centre d’incubation ?

Nous accueillons des jeunes avec qui nous discutons tout en leur présentant les possibilités qu’ils ont pour intégrer notre structure ainsi que les avantages qui vont avec. Par ailleurs, nous organisons des programmes de formation qui font partie du programme d’accompagnement. Notre particularité, nous ne sommes pas axé sur les domaines de la technologie, agroalimentaire ou agrobusiness. On accueille les jeunes dans tous les secteurs d’activités.

De manière pratique, comment ça se passe ? Selon quels critères sélectionnez-vous les jeunes entrepreneurs ?

Nous acceptons tout le monde. L’objectif premier est que les gens aient envie d’entreprendre, qu’ils aient un niveau scolaire ou pas. On a une petite contrainte qui en réalité n’en est pas une. On demande aux jeunes de payer 10.000 FCFA pour occuper l’espace qui est ouvert de 9 heures à 20 heures avec la connexion wifi, un accompagnateur, des coachs qui sont là pour les aider, les aiguillonner sur les questions éventuelles qu’ils auront. Donc ça coûte 10 mille FCFA pour un mois.

En termes d’accompagnement, on a trois sortes d’accompagnement. Le premier est le coaching pour tout le monde. C’est-à-dire qu’il y a des personnes ressources présentes à qui ils peuvent poser des questions auxquelles ils auront de réponse. Le deuxième niveau d’accompagnement est le programme d’incubation où ils sont dans un programme de formation sur diverses thématiques liées à l’entrepreneuriat, au management, à la communication, au graphisme, aux finances, etc.

A partir de là, on les accompagne réellement à la mise en place de leur plan d’affaires, le business plan. Il y a maintenant un troisième niveau d’accompagnement qui est le développement. Ce volet s’adresse aussi bien aux startups naissantes qu’aux entreprises déjà existantes. C’est-à-dire des entreprises qui viennent d’être créées ou des entreprises qui existent déjà et qui ont besoin de lever des fonds que ce soit pour leur lancement ou pour un projet particulier.

On a une dizaine de possibilités de levée de financements qui ne sont pas les mêmes choses selon les projets. Voilà les trois niveaux. Quand vous entrez à Btech Space, vous avez toutes les différentes possibilités de création d’activités. Notre objectif est de donner aux jeunes la capacité d’entreprendre.

Ce qu’on a constaté depuis 4 ans que nous existons, c’est qu’il y a énormément de personnes qui veulent entreprendre mais ils ont très peu de possibilité. Je dis souvent qu’une ville comme Cotonou doit comporter au minimum 100 incubateurs d’entreprises, vue sa capacité et sa taille.

Le bilan du parcours observé, comment l’analysez-vous ?

Il faut que des initiatives comme les nôtres soient encouragées aussi bien par les pouvoirs publics que par ceux qu’on peut appeler les décideurs économiques du privé. Parce que c’est très difficile aujourd’hui de voir des gens qui sont prêts à mettre de l’argent sur un projet quand bien-même ils ont de l’argent qui dorment en banque.

Mais, l’Etat ne leur a pas facilité la tâche parce que non seulement les programmes étatiques n’ont pas permis de communiquer sur les avantages d’être un «business angel» (investisseur providentiel), comme quoi, si vous mettez de l’agent dans un projet, ça vous permet d’avoir des exonérations fiscales, comme ça se fait ailleurs.

Au lieu de payer les impôts avec cet argent, vous le mettez dans une entreprise et vous payez vos impôts en aidant une entreprise à se créer et à créer de la richesse. Donc il y a une faible incitation des personnes qui ont de l’argent à aider d’autres.

La deuxième chose qu’on a constatée, c’est la frilosité des banques de la place à suivre et à accompagner les entreprises. D’ailleurs, les banques au Bénin ne s’intéressent pas trop aux entreprises parce qu’elles ne font pas de démarches vers celles-ci. S’il arrive à certaines entreprises de décrocher de financement, c’est avec des taux d’intérêts exorbitants compris entre 10 et 20%.

Alors qu’ailleurs, pour une startup, ce sont des prêts à 0%, au maximum 3%. L’Etat et les structures doivent se pencher sur ça pour proposer des solutions durables parce qu’on ne peut pas vouloir aider une entreprise et mettre des taux exorbitants. L’autre chose est que l’Etat doit considérer les structures qui sont en contact permanent avec les entrepreneurs. Quand je vois des structures comme Sèmè City, ce sont des structures qui font leur travail.

Mais Sèmè City doit aussi travailler avec les incubateurs et non se substituer aux incubateurs parce que les incubateurs sont déjà sur place et travaillent. Sèmè City a de l’argent public et concurrence les incubateurs qui n’ont pas de l’argent public. Du coup, ça biaise le travail.

Sèmè City doit pouvoir être partenaire des incubateurs en place. Et au lieu de mener des programmes directement avec les autres, il doit mener des programmes avec les incubateurs qui existent déjà. Il y a énormément de jeunes qui veulent créer de la richesse.

Des projets à court, moyen et à long terme ?

On a bien de projets à court, moyen et long terme. On a engagé des partenariats avec l’université d’Abomey-Calavi en occurrence le Centre de Formation en entrepreneuriat et en volontariat avec qui on a un partenariat dynamique. Désormais, Btech Space travaille avec les jeunes pour qu’ils aient la vision académique et universitaire de l’entrepreneuriat. Ils viennent aussi chez nous pour toucher du doigt la réalité du travaille.

On a aussi un partenariat avec le Haut Commissariat des béninois de l’étranger pour permettre aux Béninois qui sont hors du pays, de commencer à investir en créant leurs entreprises au pays. Déjà il y a des Béninois qui sont aux Etats Unis, en France, au Canada qui ont lancé leur startup par Btech Space. On est en train de formaliser un partenariat avec d’autres organisations. Je ne vais pas aussi oublier le programme «Boss lady» qui est un programme pour accompagner les femmes dans l’entrepreneuriat.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l’exercice de vos activités ?

Il faut noter que les jeunes malgré le prix dérisoire de 10.000 FCFA par mois, n’arrivent pas à payer. Sur 100 jeunes qui viennent, à peine 10 arrivent à payer. Ne pouvant pas renvoyer le reste, on est obligé de faire avec l’ensemble. On ne leur en veut pas, c’est le climat financier qui est ainsi. Ce qui fait qu’on est obligé d’augmenter notre besoin en fonds de roulement et aussi de créer d’autres activités rémunératrices de revenus pour la structure parce qu’on n’a pas d’accompagnement particulier.

Combien de jeunes ont pu bénéficier de vos services depuis 2016 ?

De 2016 à 2020, nous comptons près de 500 jeunes inscrits. Parmi ceux-ci, il y a une cinquantaine qui a suivi le programme de formation, et, il y a une quinzaine qui a fait partie du programme de levée de fonds.

Quelle politique entrepreneuriale proposez-vous pour le développement des startups béninoises ?

Aujourd’hui, deux problématiques sont évidentes. S’il n’y a pas de l’argent, il n’y a pas de création d’entreprise. Il faut donc mettre en place un fonds qui pourrait faire des prêts à taux zéro pour ces jeunes, parce que les banques ne sont pas là, ni pour les entreprises ni pour les startups.

Evidemment, pour attribuer des financements aux postulants, il faut tenir compte des filières et que les jeunes soient suivis par de vrais incubateurs. L’autre problématique est celle de l’industrie de la transformation. 90% des produits que les jeunes veulent fabriquer ici ont besoin de machines qui sont achetées en Chine.

C’est un gros problème. Les jeunes ont besoin de machines alors que ces machines ne sont pas sur la place. Donc l’Etat doit aider cette frange de la population qu’on appelle «génies des procédés» à mettre en place des machines pour faire des emballages, pour faire de la combustion.

On a besoin de développer le génie des procédés et du machinisme au Bénin. La révolution entrepreneuriale ne que peut passer par là. Un exemple simple. On a du sable de verrerie au Bénin mais les gens pour embouteiller leurs produits sont obligés de commander des bouteilles à l’extérieur. Cela ne facilite pas la tâche aux entrepreneurs.

C’est pour ça que je dis que les structures comme l’ANPME et autres ne font pas encore leur boulot. Ce sont eux qui doivent prendre à cœur ce travail et, mettre en place des structures pour que nos jeunes arrêtent de commander des bouteilles en Europe et en Chine. On doit pouvoir produire ça au Bénin.

Pour faire la révolution de la transformation de nos produits, il faut pouvoir faire la révolution du génie des procédés, de la création des machines. 99% des startups qui ont réussi, c’est parce que leurs parents ont sorti des fonds pour les pousser. Si ces parents n’existaient pas, il n’existera pas de startup.

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Interview avec Anne-Marie Gnancadja Bonou : «Le secteur de l’énergie est source d’activités et de plus-value»

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La place de la femme dans le processus de développement d’une nation n’est plus chose à dire. Au Bénin, elles sont nombreuses qui, depuis quelques années exercent dans les mêmes conditions que les hommes pour l’essor de l’économie quel que soit leur secteur. C’est le cas de la cheffe de la cellule genre et développement du ministère de l’Energie, avec rang de Directrice technique, Anne-Marie Gnancadja Bonou. A travers cette interview, elle nous permet une incursion dans sa vie, son travail et les réalités de son quotidien. Lire ci-dessous, l’intégralité de ladite interview.

Comment pouvez-vous présenter votre travail ?

Anne-Marie Gnancadja Bonou : Mon travail consiste à veiller et assurer l’intégration du genre dans les actions, activités, projets et programmes du secteur de l’énergie au Bénin en vue de la réduction des inégalités sociales dans l’accès à l’énergie et aux services. De même, je suis appelée à veiller à la prise en compte de la dimension ou de l’approche genre de façon transversale aux niveaux institutionnel, programmatique et partenarial.

Donnez-nous un bref aperçu de votre cursus scolaire jusqu’à l’université.

Je suis titulaire du CEFEB, du BEPC et CAP/EB, d’un baccalauréat G1, d’une maîtrise en Sociologie-Anthropologie, d’un Diplôme d’Etudes Supérieure et Spécialisée en Gestion des Projets et Développement Local (DESS GPDL) et d’un Diplôme d’expert en Genre et Développement : Institut des Hautes Etudes Internationales et du Développement (Genève, Suisse)

Pourquoi avoir choisi de faire carrière dans les métiers liés à l’énergie solaire/énergie ?

J’ai commencé ma carrière professionnelle au ministère de l’Energie. Et je m’y plais bien vu la diversité de ce secteur.

Qu’est-ce qui vous a motivé à avancer malgré tous les préjugés auxquels font face les femmes dans la société béninoise ?

Je reconnais que dans un passé récent le secteur de l’énergie était fortement masculin donc réservé aux hommes. Mais beaucoup de choses ont changé, des lignes ont bouché ces années derrières où les femmes sont représentées dans ledit secteur. Je peux aujourd’hui, compter des femmes professionnelles du métier de l’énergie, ingénieures etc, des femmes actrices, para énergéticiennes, des entrepreneures qui ont une connaissance certaine du domaine.

Le secteur de l’énergie est très passionnant pour moi, c’est un secteur de développement, porteur d’activités et de plus-value. J’ai compris en réalité que quand bien même qu’il est masculinisé, le principal utilisateur de l’énergie sous toutes ses formes est la femme.

Par exemple : dans certaines de nos cultures, aller chercher du bois énergie est une tâche réservée à la femme qui en est l’utilisatrice ; la transformation du bois de chauffe en charbon, on voyait plus les femmes dans cette activité, du moment où les hommes ont compris que c’est une activité, source de revenus important, ils s’y sont investis, etc.

Quels sont les avantages dont bénéficie une femme qui travaille dans le secteur solaire/énergie ?

Les avantages sont énormes aujourd’hui, car elles ne sont pas nombreuses pour le moment. Les femmes sont très encouragées pour travailler dans le secteur, à travers le monde entier et au Bénin en particulier, des mesures d’accompagnement et d’encouragement sont mises à leur disposition pour les motiver à travailler ou entreprendre dans l’énergie. Il y a par exemple des bourses de formations professionnelles ou autres formations pour leur autonomisation, des accompagnements financiers, des prêts à taux réduit, etc.

Des activités visant à orienter et encourager les jeunes filles dans le secteur de l’énergie sont organisées. Il y a une confiance et une volonté manifeste de la part des partenaires techniques au développement à accompagner, soutenir et appuyer les femmes du secteur de l’énergie à développer leurs aptitudes, leurs initiatives dans les énergies renouvelables et la biomasse…. En d’autres termes, de nos jours il y a plusieurs opportunités pour la femme à s’investir dans le secteur de l’énergie.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors de votre formation ?

Personnellement aucune. Mais le constat fait est que certains hommes techniciens du secteur ne sont pas encore prêts à accepter qu’une femme du même niveau qu’eux ou plus soit leur cheffe.

Comment arrivez-vous à cumuler les responsabilités professionnelles et professionnelles ? Vous est-il déjà arrivé de partir au travail le cœur serré parce que vous auriez voulu rester à la maison pour vous occuper de votre progéniture ?

J’arrive à cumuler aisément mes responsabilités professionnelles et matrimoniales avec complexité et la complémentarité de mon époux.

A vrai dire, il m’est arrivé une fois d’avoir le cœur serré…. pour m’occuper de ma progéniture. Seulement que la réalité est là, il faut que je travaille pour subvenir à leur éducation, besoins en complémentarité à mon époux. Et surtout pour avoir mon autonomie économique et une indépendance financière.

Quel regard portez-vous sur la femme au sein de la société béninoise ?

C’est un regard positif, car la femme béninoise aujourd’hui a atteint une certaine maturité de pensée pour son autonomisation dans tous les domaines. Elle travaille pour.

L’émancipation de la femme est quelque part un frein à son épanouissement au sein de sa famille car on remarque que plus la femme est évoluée plus elle a des difficultés à s’équilibrer sur le plan matrimonial.

C’est discutable, parce que la femme émancipée qui se voit affranchir d’une autorité, d’une domination… doit faire l’effort de concilier les rôles qui lui sont dédiés à savoir : femme émancipée, femme au foyer et mère. Certes ce n’est pas facile mais la tête sur les épaules, elle peut parvenir à faire l’équilibre sur le plan professionnel et matrimonial en faisant la part des choses. Car l’époux reste l’époux. A moins qu’elle opte pour une vie de célibat…, nos réalités socio culturelles sont là.

Quelle est la responsabilité des femmes dans cet état de choses puisqu’elles ont des difficultés à se soumettre à leurs époux quand elles assument des responsabilités professionnelles ?

C’est vrai, c’est une réalité mais c’est discutable, je pense que c’est un complexe de la part de certains hommes d’avoir une femme d’un niveau moins élevé que eux. Ils pensent qu’ils ne seront pas respectés au même titre que si c’était le contraire. C’est l’esprit d’avoir le pouvoir de dominer la femme étant donné que nous sommes dans une société patriarcale où l’homme est le chef, les hante toujours.

Quelle est la responsabilité des femmes dans cet état de choses puisqu’elles ont des difficultés à se soumettre à leurs époux quand elles assument des responsabilités professionnelles ?

La responsabilité de la femme est de donner toujours à son mari la place qui lui revient, de le respecter en tant que mari et de le mettre en confiance. La femme doit nécessairement faire la part des choses. Assumer ses responsabilités professionnelles ne sont pas synonyme de abandonner ses responsabilités matrimoniales. Il faut toujours et en tout temps faire la part des choses pour vivre une vie harmonieuse. Mieux la femme gère sa vie matrimoniale, mieux elle est performante dans sa vie professionnelle.

Quels conseils avez-vous à l’endroit des femmes pour leur émancipation ?

Je conseille aux femmes pour leur émancipation d’être présentes sur le marché du travail, dans les activités dites masculines, gagner en autonomie et en reconnaissance. Dans cette affirmation qu’elle pense à leur rôle d’épouse et de mère pour la paix et l’harmonie au sein du foyer.

Avez-vous une préoccupation particulière à aborder ?

Je m’engage à travailler pour une meilleure représentativité des femmes du secteur de l’énergie sur le marché du travail et des affaires. Merci

Interview réalisée par Nafiou OGOUCHOLA

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