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Les cérémonies au Bénin : quand business et ruine se côtoient

La sociologie des cérémonies dans la société béninoise pose une problématique majeure. Elle est expressive d’une tradition fortement galvaudée sur l’autel du business.

En effet, plusieurs dizaines d’années passées, les différentes cérémonies ont gardé une sobriété formidable dans les familles. Les sorties d’enfants devenues des baptêmes pompeux, les obsèques des défunts quoique parfois mystifiés n’avaient jamais connu une allure capitaliste aussi nuisible que prisée par les communautés.

Le drame des cérémonies ruineuses s’offre comme un sujet de dissertation dans les milieux Tori, Goun, Xwla, Fon, Adja etc. On les retrouve beaucoup plus dans les départements de l’Ouémé, du Plateau, du Littoral, de l’Atlantique , du Zou, des Collines, du Mono avec quelques élans relativement timides dans le Nord-Bénin.

Les cérémonies, un carrefour de grosses affaires

Dès que l’on perd un parent par exemple, le premier bénéficiaire est le promoteur de la pompe funèbre avec son chauffeur pour le transport du cadavre vers la morgue. Ce n’est pas un secteur totalement ouvert parce que la concurrence n’est pas trop forte. Le morguier se réjouit d’avoir un client, un bon client d’ailleurs pour un minimum de deux semaines de conservation de corps; la famille éplorée se fout par ignorance des conditions de conservation et du business autour du cadavre.

Une troisième catégorie d’hommes d’affaires se révèle après le dépôt du corps à la morgue. Ce sont les démarcheurs d’opportunités. Ils se présentent aux familles éplorées pour les convaincre des possibilités à vendre des parcelles, à les mettre en gage ou à emprunter de l’argent chez les usuriers afin de faciliter l’organisation des obsèques. Eux ils sont très malins parce qu’ils savent que les éplorés sont en détresse et ont besoin de moyens pour organiser les obsèques de leurs parents.

Quand ils finissent de réaliser leurs plans, les bonnes dames des marchés prennent le relais. C’est la vente du tissu. Vous imaginez le fort engouement que cela provoque surtout qu’il faut acheter différents tissus pour le retrait du corps à la morgue. Et il le faut pour les enfants du défunt, ses petits fils, les arrières petits fils, les amis des groupes de tontine etc…

Et c’est cette étape qui permet maintenant à l’imprimeur de procéder à la réalisation des cartes d’invitation. Et Dieu seul sait qu’il ne perd jamais dans ce business. Car, en dehors de lui, il y a la vendeuse du carburant et les réseaux GSM ( MTN et Moov) dont les services sont sollicités pour la distribution des cartes d’invitation.

La chaîne du business s’élargit davantage avec l’entrée en scène de la Sobebra et, d’autres structures du Nigeria et du Togo, les maisons de vin et du whisky dont les produits sont mis à la disposition des familles éplorées. Et pour preuve, Jacob qui a enterré sa belle mère courant ce mois d’octobre à Porto-Novo a fait un minimum de 850.000F CFA de boissons, 500.000 Fcfa d’animaux.

Dans ce registre, tout le monde presque gagne de l’argent même la vendeuse de biscuits, de papiers mouchoirs, les faiseurs de pluie, les services -traiteurs , les DJ pour le son etc…. Le plus gros, c’est quand des orchestres sont sollicités. C’est dans les cérémonies pompeuses que des artistes comme Bernardin Noukpozounkou, Benoît Qualifié, Jean Nouveauté, Gass Théo, Rico’s Campos , etc…se sont révélés avec un super niveau de réalisation matérielle.

Là où c’est plus curieux, c’est quand l’organisateur de la cérémonie se donne le défi lui-même de réaliser de gros bénéfices à la fin. Évidemment, certains ( ils sont d’ailleurs rares) parviennent à réaliser ce rêve. Ils profitent des cérémonies qu’ils organisent pour “escroquer” leurs proches et invités.

Par contre, d’autres sont souvent surpris par les pronostics. Ils en sortent avec de lourdes ardoises de dettes au coup. Conséquences, ils sont en cabale ou se retrouvent dans les prisons pour des problèmes de dettes, de vol et d’abus de confiance. La ruine s’installe et tout se détruit sous leurs yeux impuissants.

Vers l’adoption d’une loi sur les cérémonies ruineuses au Bénin

L’idée a été agitée lors de la 7ème législature même si elle n’a pas prospéré avec le député Nazaire Sado. Aujourd’hui, le débat refait vie à la faveur de l’ouverture de la session budgétaire de la 8ème législature à l’Assemblée Nationale. En annonçant dans son discours d’ouverture une proposition de loi portant interdiction des cérémonies ruineuses en République du Bénin, le président Louis Vlavonou a suscité un tonnerre d’applaudissements au sein de l’opinion publique. Cette réaction inespérée des Béninois aussi bien sur les réseaux sociaux qu’ailleurs démontre à suffisance le niveau du dégoût et de la ruine provoqué par les cérémonies pompeuses.

Mais la question reste toujours entière à cause des enjeux électoraux des hommes politiques et de la susceptibilité du citoyen béninois. Pour l’heure, il s’agit d’abord de procéder à une clarification conceptuelle des cérémonies ruineuses, les éléments qui entrent en jeu et le cadrage juridique selon les enjeux sociologiques du pays, surtout que le citoyen béninois est un accroc par excellence des fêtes.

Par Arthur Houindo

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