BÉNIN24 TÉLÉVISION
L'actualité en continu et en temps réel

Me Robert Dossou : «Kérékou a choisi de changer le système pour le bonheur du peuple»

Il y a exactement trente ans, le Bénin tournait la page de la dictature pour s’engager sur la voie de la démocratie après la tenue de la conférence nationale des forces vives de la Nation. Ainsi le Bénin a été considéré comme le laboratoire de la démocratie en Afrique et beaucoup d’autres pays du continent ont suivi son exemple. Pour parler de cette conférence nationale 30 ans après, nous avons rencontré Me Robert Dossou, il était le président du Comité national préparatoire de cette conférence nationale, ancien ministre des Affaires étrangères puis ancien président de la Cour constitutionnelle.

Maitre Robert Dossou vous avez une réputation de juriste de haut niveau, vous êtes avocat au barreau du Bénin, vous avez été président de la Cour constitutionnelle de 2008 à 2013. Vous avez été un acteur clé de cette conférence. Aujourd’hui est-ce que vous assumez la paternité cette conférence ?

Non, je ne peux pas assumez seul la paternité de cette conférence pour deux raisons. La première, la réalité a fait que cela été une course de relai et conjonction de circonstance et d’actions diverses de plusieurs personnes. Mais il y a eu une action décisive qui est intervenue le 28 juillet 1989. C’est lorsque le président Mathieu Kérékou à notre demande nous a reçus, le professeur René Ahouansou et moi-même.

Entre autres, j’ai été le doyen de la Faculté de droit, la FASEP (Faculté des sciences économiques et politiques) à l’époque. Et c’est à ce titre que j’ai été élu commissaire du peuple, donc député. Et en tant que député représentant la catégorie des professeurs de l’enseignement supérieur à l’Assemblée nationale révolutionnaire (ANR).

René Ahouansou et moi nous sommes allés voir le président Kérékou pour lui dire que s’en était fini de son maxime Léninisme. Et le temps est venu de changer de Constitution. Et qu’on aille en démocratie pluraliste parce que le Programme d’ajustement structurel venait d’être adopté et mieux, ce Programme d’ajustement structurel est incompatible avec une économie marxiste socialiste..

A cette étape, vous étiez que deux ou il y avait d’autres personnes en amont ?

Bon moi je ne sais pas qui et qui ont eu à lui parler avant nous. C’est nous deux à notre qualité de représentants de l’enseignement supérieur à l’ANR. C’est en cette qualité que nous sommes allés pour lui exprimer le ras-le-bol non seulement de l’université, étudiants, professeurs confondus. Mais aussi celui de la société elle-même.

Alors la décennie 80 – 90 est souvent confondue à cette période où on parle de plus en plus d’une économie marxiste et socialiste. Mais Avec une paralysie presque absolue de la chaine de production, quelle relation de cause à effet avec la conférence ?

Non, je dois vous avouer que j’avais déjà ce plan en tête depuis juin 1975. Parce que cette course effrénée à laquelle nous avons assisté à partir du 04 décembre 1974, car le 30 novembre ils ont proclamé le marxisme léninisme. Et donc le 4 décembre 74, le régime s’est lancé dans une nationalisation de tout, des régies de banques, assurances ils ont tout nationalisé et des sociétés d’Etat ont été créées au plan national, au plan régional et préfectoral etc… et sans capitaux.

Ce qui devra arriver est arrivé, la catastrophe totale. L’Etat s’est retrouvé en banqueroute totale. Donc le régime était obligé d’aller signer à Washington avec les institutions de Breton Wood. Et donc quand vous continuez de dire que vous êtes marxiste-léniniste dans un tel contexte, c’était pas logique.

Il fallait cadrer la superstructure à la nouvelle structure qui se dessinait. Donc le passage de l’économie centralisée à une économie totalement libérale. L’Etat ne pouvait plus subvenir à ses charges se mu dans une répression aveugle. Et Mathieu Kérékou a choisi de changer le système pour le bonheur du peuple. Il la fait avec beaucoup de talent parce que cela n’a pas été facile pour lui-même.

Entre cette rencontre que vous avez eue avec le président Kérékou et la tenue de la conférence nationale où vous étiez le président du Comité préparatoire, que sait-il véritablement passé ? Comment tout cela a été organisé ? Est-ce que l’église est intervenue surtout avec l’église catholique ?

Ce n’est pas l’église catholique seule. C’est tout ceux qui ont œuvré d’une manière ou d’une autre chacun dans son secteur et chacun dans son style. C’est une conjonction d’actions avec une compréhension du principal responsable du régime, le président Mathieu Kérékou. L’église motivait les gens. Moi-même qui suis ici, j’ai exploité les lettres pastorales des évêques du Bénin notamment, celle qui était intitulée, «Convertissez-vous».

Et c’est après mon exploitation de cela que le président Kérékou a pris cette lettre pastorale des évêques et l’a éditée. L’église a publié cette lettre pastorale sur une couverture blanche. Et Mathieu Kérékou a réédité cela sur une couverture rouge. La couleur du régime marxisme léninisme du PRPB. Je me suis rendu compte lorsqu’on lui a parlé. Je crois qu’il était convaincu, c’est pourquoi il m’a mis dans son gouvernement. Il avait trouvé qu’on avait raison sur tout ce qu’on lui a dit.

Vous avez justement accepté entrer dans son gouvernement quelques jours seulement après votre rencontre, pourquoi ?

Il a formé son gouvernement le 04 août 1989, et il avait rassuré le Comité central où les gens lui ont demandé s’il a bien pris l’avis de Dossou pour qu’il soit ministre. Là Kérékou avait fait économie de vérité. Et pourtant il ne m’avait pas consulté.

J’ai refusé, mais après des conseils à Ismaël Tidjani Serpos, et autres réflexions. Je pensais plutôt à un piège. Kérékou avait été surpris de mon attitude. Et c’est le lendemain que j’ai accepté. Si je refusais après ma déclaration du 28 juillet, cela aurait été mal vu. La preuve, il y a deux de mes ainés, qui sachant que j’ai refusé mon envoyé de massage, il s’agit de feu Emile Tesson qui se trouvait à Paris à l’époque et a envoyé message pour dire ne refuse pas accepte. Moi je voulais que les règles et autres principes puissent triompher. Ma personne importait peu. J’étais un militant engagé. Il y a eu également le professeur René Zinsou Derlin qui au détour de son voyage sur Libreville m’a aussi laissé une note.

A cette époque vous étiez conscient de la tâche qui vous attendait?

Je suis conscient de mes actions et j’étais conscient des risques que je prenais. C’est vrai que ceux qui était au pouvoir je ne pouvais être leur ami tout comme les opposants au régime PRPB.

Mais après la conférence, il y a eu des perdants ce qu’on n’évoque pas souvent. Vous reconnaissez qu’il y a eu des perdants ?

Ah oui, il y a eu des perdants. Et je l’ai toujours reconnu tel. Mais seulement, on voulait aller de l’avant. Donc on ne mettait pas trop accent sur ce point-là. Le peuple a gagné un point un trait. Ceux qui avaient embrigadé les intérêts du peuple ne voulaient pas que cela change.

Vous dites que le peuple a gagné, mais le PCB a toujours une dent contre vous. Qu’est-ce que vous en dites ?

Ils ont le droit de ne pas m’approuver, de m’insulter et tout. C’est leur droit. Au fait, la ligne que moi j’ai choisie contredit leur ligne. Lorsque vous êtes un responsable politique à quelque niveau que ce soit, vous devez accepter que l’autre puisse penser autrement que vous et qu’il puisse agir autrement que vous. Sinon, vous n’est pas démocrate.

Avec le recul, aujourd’hui avec ce qui a été obtenu en 1990, hormis la démocratie avec le multipartisme intégral qu’est-ce que vous avez pu obtenir pour le Bénin ?

Il y a la paix, la liberté, un effort plus performant en faveur de la justice, un effort plus performant en faveur de l’égalité de tous devant la loi. Mais c’est là justement, que celui qui pense avoir des aptitudes pour diriger ce pays puisse librement être en débat. C’est très important cet élément. Mais ce qu’on a gagné,…. Ce qui s’est passé en 1990 est proprement inédit.

Mathieu Kérékou était à la tête du pays, les organes politiques se sont érigés en tribunal pour condamner d’autres citoyens à mort. On va à la conférence on donne l’amnistie à tout ce monde. Ils viennent ils tombent dans les bras de Mathieu Kérékou, Bertin Borna par exemple. Il voulait par venir, car avait des problèmes avec Kérékou.

Je suis allé parler à Kérékou pour lui dire que le problème d’exil qui empêche les fils de ce pays de revenir pour les obsèques de leurs parents est contraire à l’essence du Bénin et de nos tradition. C’est le cas de Emile Derlin Zinsou qui était condamné à mort est devenu le conseiller spécial de Kérékou.

Maitre Robert Dossou, vous évoquez justement l’amnistie. Mais certains pensent que cette amnistie 30 ans après était une erreur ?

Je ne peux pas dit non. Certains sont contre le droit de l’homme, nous sommes en démocratie. Moi j’étais d’accord avec Monseigneur Isidore de Souza et le Haut conseil de la République qui a voté une loi d’amnistie de même que le gouvernement Kérékou avait voté une loi d’amnistie pour que ceux qui étaient en exil et qui avaient été condamnés puissent revenir au bercail.

Aujourd’hui, on retient qu’il y a eu le pardon et la tolérance. C’est essentiel ?

D’abord tout le monde voulait la paix, tout le monde voulait qu’on passe l’éponge sur le passé et qu’on bâtisse l’avenir sur de nouvelles bases. Tout le monde a pris conscience que nous avons failli déboucher sur une guerre civile. Et qu’on avait à la tête de ce pays en ce moment quelqu’un qui en pris conscience. Et qui a adapté sa méthode en faveur de la paix. Et c’est ce qui a permis d’avoir ce résultat.

Aussi, faut-il reconnaitre que c’est quelque de neutre qui à présider les débats, un homme d’église. Parce que l’homme d’église ne va pas vouloir être candidat, il ne va pas créer un parti politique ou chercher à déranger les intérêts. Et lorsque le monseigneur de Souza a accepté, cela a été un soulagement et je lui ai dit un grand merci. Au regard de ce qui s’est passé en 90 nous devons en tirer des leçons. C’est vrai on parle de paix, de liberté, mais d’aucun estime que vous avez oubliez l’aspect économique et le développement.

On ne pouvait pas mettre un programme précis à cela parce que nous étions en dehors de la dictature marxiste on avait une économie centralisée. Et il fallait changer la Constitution, changer le cadre politique. Maintenant se sont les gouvernants successifs installés qui devraient équilibrer leur programme d’actions. Mais il y avait eu une Commission des affaires économiques à cette conférence qui a posé les bases.

Justement les différents gouvernements qui se sont succédé ont-ils réussi selon vous ?

Ah non ! Ils n’ont pas échoué. Chacun a fait ce qu’il pouvait. Maintenant c’est le jeu politique qui a été trop individualisé à certain niveau. Mais je pense que c’est normal parce que la démocratie est objet d’apprentissage. Quand vous sortez de plusieurs décennies de dictature de militaires et de civils, on ne peut pas dans son âme et conscience devenir complètement démocrate du jour au lendemain. C’est la pratique continue de la démocratie qui vous rentre dans vos corps et esprits les valeurs de la démocratie tel que vous faites la pratique de la démocratie de façon naturelle sans effort.

Maitre Robert Dossou parlant de la Conférence on doit parler de la constitution. Pour avoir été président de la Cour constitutionnelle, on va évoquer le système partisan. En 1990 il y a eu la création d’une multitude de partis. Quand vous faites le point avec le recul est-ce que vous vous dites qu’en 1990 il y a des choses qui ne devraient pas y être ou alors le travail politique qui a été fait est inachevé ?

Je voudrais vous faire observer que premièrement la Constitution du 11 décembre 1990 repose sur un certain nombre de principes arrêtés par la conférence nationale. Ensuite la commission constitutionnelle qui a rédigé l’avant-projet a été élue par la conférence nationale. Et le HCR, qui a parrainé pour soumettre au referendum a été élue par cette même conférence nationale.

Enfin, il y avait des compétences multiples dans la sous-commission constitutionnelle. Ce n’était pas n’importe qui, il y avait des historiens, des sociologues et trois constitutionalistes et des spécialistes des droits privés. Mais de réviser la Constitution, nous avons refaire toute l’histoire du Bénin depuis 1946. La preuve, c’est que cette Constitution n’est affectée du nom d’aucun chef d’Etat. C’est une Constitution consensuelle. Et avant de l’adoptée nous avons fait ce que la révolution faisait avant et que la révolution appelait ‘’popularisation’’. C’est d’ailleurs, la constitution qui a eu la plus longue vie et que le peuple a considéré comme sa Constitution avec une certaine jalousie. Dès qu’on veut modifier une virgule, le peuple s’insurge.

Aucun spécialiste de droit ne vous dira qu’on ne peut pas modifier une Constitution. Personne, mais il faut que le mécanisme mise en place puisse permettre à chacun de se sentir concerner. Mais les amendements pseudo en catimini….je ne vais pas en parler.

Revenons sur le système partisan, déjà à la conférence Eustache l’écrivain Prudencio craignait la création de beaucoup de partis, et ça n’a pas raté ?

Le système partisan, c’est l’expression de la liberté profonde du citoyen. Même aujourd’hui, il n’a pas raison car un, deux ou trois partis politiques peut servir de cadre pour un régime de dictature. Les partis politiques peuvent être un élément d’émancipation comme le parti politique peut être un élément d’embrigadement. C’est pour cela que la liberté du citoyen est fondamentale. Ma position est scientifique. J’ai commencé ce débat début les années 70. Le premier avec qui j’ai longuement discuté, c’est Maurice Ahanhanzo Glèlè.

Comment entrevoyez-vous le Bénin dans les 30 prochaines années ?

Il n’y a pas de limites dans le temps. J’ai écrit un papier qui si tout va bien paraitra dans un ouvrage très bientôt. J’ai dit que la démocratie comme quelque chose qu’on n’a pas. C’est comme un bébé. Au lendemain de 1990 on était bébé, j’avais déjà prédi que nous serons pressés de marcher et on va tomber plusieurs fois et nous redresser.

L’histoire de l’humanité me rebelle et je puis vous dire que c’est à coup d’histoire que j’ai convaincu Mathieu Kérékou. Sur la base de la construction de l’Etat aux USA, en Angleterre, en France et autres. Nous intellectuels, nous sommes sommés de demeurer autant que possible techniques et de mettre notre savoir au service du politique dans le bon sens.

SickaSport

Dernières actualités

Covid-19 au Bénin : le Gouvernement subventionne les masques de protection

Bonne nouvelle pour les Béninois. Le Gouvernement vient de mettre à leur disposition des masques de protection au prix subventionné de deux cent (200) FCFA. Dans la lettre circulaire de l'Agence béninoise de régulation pharmaceutique…

Covid-19 au Bénin : les acteurs des médias appelés à plus de professionnalisme

Par un communiqué rendu public ce mardi 31 mars 2020, la Haute autorité de l'audiovisuel et de la communication (Haac) appelle les professionnels des médias à plus de professionnalisme dans le traitement des informations liées à la pandémie…

Adaptation aux mesures concernant les restaurants face au Covid 19 : «Nous vulgarisons le payement…

Le gouvernement du Bénin a pris des mesures pour interdire l’ouverture des restaurants, bars et débits de boisson au public. Cependant, les tenanciers et autres promoteurs ont le loisir de confectionner leurs mets et les faire livrer aux…

Premier mort du coronavirus en Tanzanie

La Tanzanie a recensé mardi son premier mort du coronavirus, un homme de 49 ans qui souffrait déjà d'autres problèmes de santé, a annoncé le ministère de la Santé. Le pays a confirmé 19 cas positifs de coronavirus, dont des voyageurs…

Coronavirus : Macron qualifie «d’irresponsables» ceux «qui cherchent déjà à faire des procès»

Emmanuel Macron a qualifié mardi d'«irresponsables» ceux qui, par leurs critiques de la gestion de la crise du Covid-19, «cherchent déjà à faire des procès, alors que nous n'avons pas gagné la guerre». «Quand on mène une bataille, on doit…

Venezuela : l’opposant Guaido cité à comparaître pour «tentative de coup d’Etat»

Le chef de l'opposition vénézuélienne Juan Guaido a été cité à comparaître jeudi par le ministère public dans le cadre d'une enquête pour «tentative de coup d'Etat» et «tentative de magnicide» contre le président Nicolas Maduro, a annoncé…

Venezuela : Pompeo appelle Maduro et Guaido à se retirer avant un nouveau scrutin

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a demandé mardi à Nicolas Maduro et Juan Guaido, qui se disputent la présidence du Venezuela, de se retirer «tous les deux» en vue de nouvelles élections organisées par un «Conseil d'Etat»…

Covid-19 : Trump et Erdogan appellent à un cessez-le-feu en Syrie et Libye

Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan ont convenu mardi lors d'un échange téléphonique de «l'importance» pour les pays en conflit, comme la Syrie et la Libye, «d'adhérer à un cessez-le-feu» en cette période de crise sanitaire mondiale, a…

Dernières actualités

LAISSER UN COMMENTAIRE

Votre adresse email ne sera pas publiée.